Pratiquer le "bain de forêt" ou la Sylvothérapie


« Shinrin-Yoku » est une expression japonaise qui signifie « bain de forêt ». Elle pourrait aussi se traduire par « s’imprégner de l’atmosphère de la forêt ». En France, on parle de Sylvothérapie (du latin Sylva qui signifie forêt). Nous connaissons tous l’expression « bain de soleil » ou « bain de mer » et le bien-être qu’ils peuvent procurer. Et l’effet d’un bon bain chaud après une dure journée ! Mais imaginer les bienfaits d’une immersion en forêt est moins évident.

 

Cette pratique qui pour certains consiste à embrasser les arbres, les enlacer et communier avec la forêt fait un peu New Age. Pourtant, de nombreuses cultures animistes issues d’Inde, d’Asie, de Chine ou d’Amazonie  vénèrent la Nature et l’énergie vitale (Chi, Qi…).

le bain de forêt ou Shirin-Yoku
MaleneThyssen, Common Wikimedia

La pratique du Shirin-Yoku

Au Japon aussi, les arbres sont sacrés (culture Shinto). On honore et protège les arbres centenaires et millénaires dans des temples, dans les cours de jardin ou simplement au coin d’une rue. Ils ont droit à des tresses de papier ou de paille de riz selon leur âge. Dans ce pays recouvert à plus de 60% par la forêt, la promenade en forêt est presque un rituel.

 

Les japonais ont donc leur pratique qui consiste à passer du temps en forêt pour prendre soin de leur santé. Il est vrai qu’en Europe, cela était aussi le cas dans le passé. La sylvothérapie consistait à installer des malades ou convalescents dans certaines forêts (tempérées ou nordiques) pour leur offrir un air plus sain. C’était notamment le cas au 19e et 20e siècle lorsqu’on envoyait notamment les tuberculeux dans des sanatoriums en pleine forêt ou en bordure de lac pour se soigner.

 

 

Le Japon a entrepris, dans les années 80, une étude scientifique pour essayer de découvrir l’influence de la forêt sur notre organisme. Les résultats ont été surprenants ! Au point que le Shinrin-Yoku ou bain de forêt soit devenu très rapidement un pilier de la politique de la médecine préventive japonaise. Le bain de forêt est donc une pratique courante au Japon. 

Les bienfaits du bain de forêt

 

Voici quelques observations faites par les scientifiques japonais :

 

-la présence d’arbres à proximité améliore la capacité de concentration et réduit l’hyperactivité et les troubles de l’attention (notamment chez les enfants).

 

-une immersion en forêt d’au moins 2 heures permet de réduire notre taux de Cortisol (hormone du stress), d’augmenter l’activité de notre système immunitaire, de faire baisser notre fréquence cardiaque ainsi que notre pression artérielle et d’activer notre système nerveux parasympathique (SNP) qui incite au calme et au repos. Plus récemment, des chercheurs auraient également observé une diminution du taux de glucose chez les diabétiques.

 

-une véritable immersion de 3 jours au moins diminue notre taux d’Adrénaline (hormone du stress) et augmente considérablement la présence et l’activité des cellules NK (Natural Killers). Ces cellules ont un rôle majeur dans notre système immunitaire pour prévenir les infections et empêcher la croissance des cellules cancéreuses. Plus surprenant encore, cette influence sur le système immunitaire se poursuit jusqu’à 1 mois après cette immersion de 3 jours.

Wilow, Common Wikimedia
Wilow, Common Wikimedia

Les mêmes analyses effectuées dans des environnements différents ne montrent pas de tels bienfaits. Bien-sûr, tout le monde n’a pas forcément la possibilité de passer 3 jours en forêt. Mais sachez que passer ne serait-ce que 20 minutes en forêt en marchant, en s’asseyant, en écoutant…est déjà bénéfique. C’est suffisant pour ressentir plus de calme et de bien-être, pour diminuer la fréquence cardiaque et notre pression artérielle, pour mettre au repos notre cortex préfrontal (fonctions intellectuelles supérieures comme la mémoire, le raisonnement, l’adaptation…). A noter que le cortex préfrontal est la partie du cerveau qui s’est le plus développée au cours de notre évolution, c-à-d. depuis que nous ne sommes plus des primates mais des hominidés. Curieusement, de retour dans la forêt, celui-ci se remet au repos.


 

Par ailleurs, des tests psychologiques au Japon réalisés en 1995 et 2007 ont permis de vérifier la variation de l’humeur sur des sujets après une ballade en forêt.  L’immersion en forêt avait notamment un impact sur la colère, l’anxiété, la dépression et la confusion sans parler de la fatigue. Une étude similaire faite par l’université de Kyoto a constaté une baisse du niveau « d’hostilité » après une balade en forêt.

 

Ces observations ont été validées par une autre étude réalisée durant 8 ans (2004-2012) par le professeur Qing Li de la Nippon Medical School de Tokyo. Il considérait le Shiring-Yoku comme une approche préventive et douce qui s’inscrit dans une démarche globale d’un mode de vie sain et équilibré. Il évoque aussi une autre raison indirecte de la balade en forêt. L’éloignement temporaire de toutes les technologies du quotidien comme les écrans, smartphones ou autres (sans parler de la pollution électromagnétique). Le bain de forêt doit donc être considéré comme une méthode douce et préventive de soin plutôt que comme une thérapie encadrée avec des spécialistes (comme cela a pu être le cas avec la sylvothérapie).

Il est donc indéniable qu’un bain de forêt à un effet relaxant et calmant sur notre corps et notre esprit. Par contre, comprendre les raisons souvent mal connues de ces bienfaits est moins évident.

Quique251, Common Wikimedia
Quique251, Common Wikimedia

 

Une des premières raisons est sans doute l’influence de la couleur verte omniprésente. Roger Ulrich, chercheur à l’Université A&M au Texas, a observé que les patients de l’hôpital guérissaient plus vite dans les chambres donnant sur un espace vert. Ils avaient aussi moins besoin d’antidouleurs et ils souffraient moins de nausées. Les grandes plantes vertes dans nos habitations ou bureaux semblent également avoir un effet relaxant. Notre œil a aussi une sensibilité accrue vers 500-600Hz (vert) et cela nous permet de distinguer nombre de nuances de verts. En chromothérapie, la couleur verte est considérée comme toni-sédative, c-à-d. équilibrée, ni trop excitante (couleur rouge), ni trop calmante (couleur bleue).

 

En France, nous avons le programme Phyt’air (2001-2012) dont la recherche portait sur l’épuration de l’air intérieur par les plantes et la capacité de celles-ci à nous renseigner sur la qualité de l’air intérieur (bioindication). Ces études ont confirmé la capacité des plantes à dépurer l’air de ses polluants tout en précisant notamment que c’est l’association sol/microorganismes/plantes qui semble la plus active. Il en va de même de la rosée, des mousses et lychens qui fixent facilement les aérosols ou particules de l’air. Dans un deuxième temps, l’étude a également permis d’établir la nocivité des matériaux de notre quotidien et notamment de la pollution de l’air dans nos intérieurs. En effet, les plantes réagissent à la pollution environnante (bioindication).

le bain de forêt ou Shirin-Yoku
Michael Gaida, Pixabay

Georges Plaisance, docteur-ingénieur en écologie à la faculté de Dijon dans les années 80, avait réalisé de son côté des analyses microbiennes de l’air de différents environnements. Les mesures indiquées dans son ouvrage « Sylvothérapie » donnent les résultats suivants : nombre de microbes par mètre cube d’air =  50 en forêt littorale, 1000 dans le parc Montsouris de Paris, 88000 sur les Champs-Elysées, 575 000 sur les grands boulevards et 4 000 000 dans un grand magasin de Paris.


 

La forêt est également un lieu propice pour une oxygénation maximale. L’air forestier est en effet riche en O2 (dioxygène) lié à la photosynthèse et on y trouve aussi moins d’ozone qu’en ville.

 

L’air de la forêt serait enrichi en huiles essentielles (pin, cyprès, fleurs…) qui ont des vertus thérapeutiques particulièrement puissantes notamment pour les résineux. On dit que les forêts de feuillus ont des effets toni-sédatifs alors que les forêts de résineux ont des vertus plutôt dynamisantes et antimicrobiennes. Pour certains une forêt de pins en été pourrait même s’avérer trop excitante voire oppressante (essence de térébenthine). L’idéal étant une balade dans une forêt mixte feuillus/résineux pour se ressourcer et équilibrer ainsi ses énergies. Les arbres larguent également des phytoncides qui sont des molécules antibiotiques naturelles sécrétées. 

Une équipe finlandaise de chercheurs dirigée par le docteur Nauri Nummenmaa a cherché en 2013 à scanner les émotions corporelles de 701 volontaires. Ils ont publié les résultats dans la revue « Proceedings of the National Academy of Sciences » en 2013. Il a été établi scientifiquement que les arbres sont capables d’empathie envers un humain blessé et adossé à son tronc. L’arbre ou la plante active des systèmes d’échanges chimiques vers la personne pour tenter de communiquer et de soigner comme ce serait le cas pour une plante congénère et souffrante à proximité. D’autres expérimentations semblent supposer que les plantes sont capables de donner et d’absorber de l’énergie d’autres plantes environnantes. Il en serait de même pour les humains capables de se guérir par le biais d’autres humains, animaux ou végétaux. D’ailleurs, depuis les années 90, on commence à découvrir et étudier « l’intelligence végétale » avec des plantes « sensibles » qui communiquent et sociabilisent.

 

Des expériences durant la seconde guerre mondiale réalisées par la NASA, des japonais mais aussi des russes ont permis de mesurer la réaction des plantes à un stress. Il a été démontré que les plantes peuvent identifier, reconnaître et émettre une information relative à une agression mais aussi de réagir par voie chimique au niveau des feuilles et des racines. Elles sécrètent notamment les mêmes hormones (cortisol et éthylène) que les humains sécrètent en cas de stress.

Vakuinic, Common Wikimedia
Vakuinic, Common Wikimedia

En France, avec plus d’1/3 de surfaces boisées sur notre territoire, nous sommes chanceux. De plus, les ¾ d’entre nous vivons à moins de 30 minutes d’une forêt.

 

Il n’y a rien de spécial à faire. Juste s’immerger dans la forêt, respirer, essayer d’être attentif et de vivre intensément cette expérience tout en faisant appel à ses 5 sens. Il s’agit de se déconnecter de notre monde moderne pour se (re)connecter à la Nature (sans smartphone bien-sûr) et cela sans obligation de se dépêcher ou distraction extérieure. Réveiller les sens que nous n’utilisons plus quand on vit en ville ! C’est un peu une méditation sylvestre en quelque sorte !

Les  sources du net :

www.connectedbynature.org

www.wikipedia.org

www.japanization.org

www.huffingtonpost.fr

www.shinrin-yoku.org

www.hinnovic.org

www.sensetsante.fr

www.permaforet.blogspot.de

 


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