Le pauvre paysan chinois et le cheval blanc


Ce conte Zen, sagesse rapportée par Lao Tseu, est très connu. Il nous apprend à relativiser en permanence les événements que l’on peut vivre plutôt que de porter immédiatement un jugement et se laisser emporter par nos émotions positives ou négatives. Il faudrait savoir rester humble et mesuré en toute chose.

 

En effet, nous jugeons souvent une situation à travers le prisme de nos émotions, notre humeur du moment, nos expériences, notre éducation, nos peurs ou le contexte du moment… Nous croyons ainsi avoir un certain pouvoir sur la réalité. Toutefois, cette interprétation qui colore l’événement peut donc avoir tendance à nous enfermer, nous mettre des œillères et nous faire clairement manquer d’objectivité.

 

Nous risquons alors tout simplement de ne pas voir les opportunités éventuelles dans un échec apparent. Comme le symbole du Yin Yang, il faut essayer d’entrevoir le germe du blanc dans le noir et le germe du noir dans le blanc. Une crise peut finir par déboucher sur une transformation salutaire. De plus, une situation jugée négative dans son contexte, aujourd’hui, peut très bien s’avérer positive demain ! Face à un événement, il s’agit de rester ni trop optimiste ni trop pessimiste mais simplement être ouvert à toutes éventualités. Personne ne sait de quoi l’avenir sera fait.

Un pauvre paysan chinois travaillait dur, aidé dans les travaux des champs par son fils. Rassemblant toutes ses économies, il partit au marché acheter un cheval pour soulager leur labeur. C’est une superbe bête qui tire la charrette pour rentrer les récoltes, rapporter le bois, et bien d’autres taches encore. Ce qui satisfait les deux hommes.

 

Son voisin voyant cela se montra jaloux, et proposa au pauvre paysan d’acheter son cheval.

Le paysan répondit : " Ce cheval est beaucoup plus qu’un animal pour moi, c’est un ami, je ne veux pas le vendre ".

 

Un jour, le cheval sauta au-dessus de la clôture et disparut.

Le voisin passant devant l’écurie vide dit au fermier : " C’était prévisible qu’on la volerait cette bête ! Pourquoi ne me l’avez-vous pas vendue ? Vous n’avez pas de chance ! ".

 

Le paysan se montra plus circonspect : " N’exagérons rien dit-il. Le cheval ne se trouve plus dans l’écurie, c’est un fait ! Tout le reste n’est qu’une question d’appréciation de votre part. Comment savoir si c’est une chance ou une malchance ? Nous ne connaissons qu’un fragment de l’histoire. Qui sait ce qu’il adviendra ? ".

 

Le voisin se moquait du vieil homme. Il le considérait depuis longtemps comme un simple d’esprit. Le fermier n’est pas assez riche pour s’acheter un autre cheval, et continue de travailler dur avec son fils. Quinze jours plus tard, le cheval revint. Il n’avait pas été volé ; il s’était tout simplement mis au vert, et ramenait une douzaine de chevaux sauvages de son escapade.

 

Le voisin du fermier vint lui rendre visite : " Vous aviez raison, ce n’était pas un vol. Vous avez de la chance ! "

 

" Je n’irais pas jusque-là " dit le paysan. "Je me contenterais de dire que mon cheval est revenu. Comment savoir si c’est une chance ou une malchance ? Ce n’est qu’un épisode ".

 

Le paysan demande à son fils de dresser les étalons sauvages, ce qu’il entreprit. Au cours d’une séance de dressage, un des chevaux jeta son cavalier à terre et le piétina, lui cassant une jambe.

 

Le voisin vint une fois de plus donner son avis : " Pauvre ami, vous n’avez pas de chance, voici que ton fils unique est estropié. Qui donc vous aidera pour les travaux de la ferme ? Vous êtes vraiment à plaindre."

 

" Voyons, " rétorqua le paysan, " n’allez pas si vite. Mon fils a perdu l’usage de sa jambe, c’est tout. Qui dira ce que cela nous aura apporté ? Nul ne peut prédire l’avenir ".

 

Quelque temps plus tard, la guerre éclata. Tous les jeunes hommes du village furent enrôlés dans l’armée, sauf l’invalide.

 

« Vieil homme, " se lamenta le voisin, vous aviez raison ; " votre fils ne peut plus marcher, mais il reste auprès de vous, tandis que nos fils vont se faire tuer "

 

" Je vous en prie " répondit le paysan, " ne jugez pas hâtivement. Vos jeunes sont enrôlés dans l’armée, le mien reste à la maison, c’est tout ce que nous puissions dire. Est-ce un bien ou un mal ? Qui peut le dire ? ".

 

 

Lao Tseu vécut au 5ème ou 6ème siècle avant J.C. Il est considéré comme le père du Taoïsme et de nombreux écrits lui sont attribués.

Sources : divers sites internet

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