Instinct, émotion, intellect, spirituel et Ego


Il n'y a pas de bons ou de mauvais, ni de gentils ou de méchants, il n'y a que des enfants blessés qui ont peurs.

Thierry Janssen.

Cet article est grandement inspiré d’un chapitre du livre de Thierry Janssen «Vivre en paix». Le chapitre concerné s’intitule « Au commencement était la peur » qui se base entre autres sur les théories du psychologue américain Arthur Janov. D’abord chirurgien, Thierry Janssen a abandonné son métier pour se consacrer à l’étude des liens entre la spiritualité, la psychologie et la santé du corps. 


Nous ne sommes pas l’aboutissement de l’arbre de l’évolution !

 

Thierry Janssen estime que nous devrions tous afficher chez nous une reproduction de l'arbre de l'évolution de la vie. Nous découvririons alors rapidement que le rameau qui nous porte n'est que l'une de ses innombrables branches. Et, nous comprendrions aussi que nous ne sommes en réalité qu'une courte étape dans l'expansion de la complexité croissante du vivant. En effet, en passant du minéral au végétal, puis du végétal à l'animal et ensuite de l'animal à l'humain, l'évolution semble se diriger vers toujours plus de complexité. On peut noter que cette complexité se développe toujours dans le sens d'une individualisation, d'une indépendance et d'une autonomie toujours plus importantes. C’est un peu comme si la matière s'organisait pour devenir consciente d'elle-même et offrir un degré de choix et de liberté toujours plus grand aux espèces vivantes.

 

Sur cette planète, l'être humain possède donc une capacité de choix et une liberté jamais connues auparavant. Nous avons donc quelque part raison de nous sentir supérieurs. Mais nous ferions bien de nous méfier. car, après réflexion, nous ne sommes peut-être pas aussi libres que nous le pensons.

 


Perchés sur notre branche au sommet de l'arbre de la vie (tout en haut, il est vrai mais toujours en pleine croissance, ne l'oublions pas !), nous sommes maintenant dotés d'un système nerveux absolument fabuleux. On pourrait dire, un super ordinateur constitué de 3 unités de travail interconnectées et qui travaillent sans répit. De plus, cette merveille neurobiologique est le résultat d’une évolution marquée par de longs tâtonnements et de pénibles expérimentations menés par nos ancêtres les reptiles et les mammifères.


Nos trois cerveaux : conscience physique, émotionnelle et intellectuelle

 

Des reptiles, nous avons hérité la partie basse de notre cerveau. A savoir essentiellement le tronc cérébral et l'hypothalamus que l'on appelle aussi cerveau reptilien "archaïque". C'est le lieu de l'organisation de notre survie. Ce cerveau est déjà en activité durant la vie intra-utérine. Il commande non seulement la régulation de nos fonctions vitales comme la respiration, le rythme cardiaque, la tension artérielle, la sécrétion hormonale, la digestion des aliments et l'élimination des urines. Mais il régule aussi nos comportements de protection et de défense, de reproduction et d'établissement de notre territoire. Nous pourrions ranger tout cela sous la rubrique «niveau de conscience instinctuelle» ou encore «conscience physique».

 

Au-dessus de ce cerveau reptilien, nous partageons, avec l'ensemble des mammifères, un cerveau paléo mammalien que l'on appelle plus communément le «système limbique». Il est le siège de nos émotions et des sentiments. Nous pouvons parler d'une «conscience émotionnelle». Alors que notre cerveau reptilien est déjà fonctionnel au cours de la vie intra-utérine, ce cerveau sensible « de mammifère » se développe à partir du sixième mois de la vie et jusqu'à l'enfance.

 

Durant notre vie de fœtus ainsi que les premiers mois après la naissance, nos expériences vont donc être mémorisées au sein de notre conscience instinctuelle (cerveau reptilien) sous la forme de ressentis et de réactions physiques. Puis, un peu plus tard, nos souvenirs s'enrichiront d'une information émotionnelle imprimée au niveau de notre système limbique. Cela explique que les angoisses que nous vivons à l'âge adulte soient accompagnées de réactions physiques (difficultés respiratoires, augmentation de la fréquence cardiaque...). Ces réactions physiques sont en lien avec des souvenirs douloureux très précoces sur lesquels sont venus se greffer des souvenirs plus tardifs issus de la conscience émotionnelle.

 

 A ce cerveau reptilien et ce système limbique s’est ajoutée une couche encore plus sophistiquée que nous partageons avec des mammifères plus récents comme les grands singes. Il s'agit du néocortex ou cerveau mammalien qui est particulièrement développé chez nous, l'humain. Ce cerveau "logique" est constitué de milliards de neurones organisés en réseaux complexes qui permettent l'analyse, le classement, le refoulement, la projection, la remémoration, le calcul, la conclusion, la représentation, l'imagination, la symbolisation, la verbalisation, l'explication. Bref, le néocortex permet de générer une pensée élaborée à partir du flot incessant des informations véhiculées par le cerveau reptilien et le système limbique. Ce troisième cerveau est donc le siège de notre «conscience intellectuelle».


Le refoulement : un système de protection de notre intellect

source Pixabay
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Notre intellect est un véritable miracle de la technologie neurologique. Toutefois, pour se développer, notre intellect a dû se protéger d'un afflux trop important d'informations en provenance des zones inférieures et utiliser un mécanisme fondamental de la nature : le refoulement. Sans cette protection, notre intellect serait sans cesse parasité par les informations issues de notre conscience physique et émotionnelle... Imaginez le moindre bruit, la moindre sensation sur votre peau ou souvenir du passé qui entraînerait une perturbation incompatible avec notre activité de pensée et de réflexion. Ainsi, le refoulement d'une grande partie des informations physiques et émotionnelles est le prix à payer pour pouvoir développer et utiliser ce merveilleux outil qui pense.


 

Cela explique que bon nombre de nos souvenirs douloureux de notre vie prénatale ou de notre enfance soient devenus totalement inconscients. Cela explique également que certains d’entre nous sont capables de commettre des actes atroces sans ressentir la moindre perturbation physique ou émotionnelle. En effet, sans cette capacité de refoulement de nos sensations physiques et émotionnelles, nous n’aurions pas pu développer une puissance d'analyse et de calcul aussi impressionnante et nous permettre d'aller sur la lune. Hélas, cette capacité de refoulement a aussi permis à certains d'entre nous de perpétrer des génocides impensables. Croyez-vous qu'un être humain tel Hitler ou Pol Pot aurait été capable d'ordonner la mort de milliers de gens s'il n'avait pas refoulé les sensations physiques et émotionnelles de la douleur qu'entraîne la séparation d'une mère de son enfant ? Les plus grands tyrans sont sans doute des êtres profondément blessés dont le moyen de survie a été de refouler leur souffrance afin de ne plus jamais la ressentir, et ce pour le plus grand malheur de l'humanité.

 

Ces tragédies devraient donc nous inciter à prendre conscience du danger qu'il y a à se couper de nos émotions et de nos ressentis physiques. Malheureusement, l'histoire contemporaine nous prouve que les pires abominations ne suffisent pas à nous empêcher de nous déconnecter, nous aussi, de notre humanité. Car, ne nous leurrons pas, un Hitler sommeille en chacun de nous. Cela vous semble exagéré ? Que penser de l'immense majorité d'entre nous capable de manger une tablette de chocolat devant les images télévisées d'une famine en Afrique ou en train de faire la fête bien au chaud alors qu'un homme dort dehors au froid à quelques mètres. Il en va de même de ces martyrs qui se réjouissent de se faire exploser pour tuer des enfants. Cette véritable folie participe pourtant du même principe de refoulement auquel nous recourons tous les jours, à chaque minute de notre vie.

 

Si nous refusons de reconnaître l'importance de notre déconnexion, nous risquons alors de refouler encore plus notre douleur et de nous exposer encore d'avantage à rester inhumain. Car notre raison ment souvent. La pensée peut mentir, mais les émotions, elles, ne trichent jamais. Encore faut-il que nous les écoutions.

 

L’intellect au détriment du physique et de l’émotionnel

 

Il est consternant de constater à quel point, dans notre culture occidentale, nous nous sommes progressivement déconnectés de notre corps au profit de notre intellect. Espérons que l'évolution récente des approches psychologiques basées sur le corps et la redécouverte des bienfaits du sport ou de pratiques telles que la méditation, le yoga ou le TaiChi (pour ne citer que ceux-là), présagent d'une prise de conscience collective de l'urgence pour notre espèce de quitter sa tête pour revenir au contact d'une réalité plus vaste. Car n'en doutons pas, nous sommes en train de devenir fous, nous perdons pied, nous nous perdons, nous délirons.

 

Déconnectés de notre sensibilité physique et émotionnelle, nous calculons, nous théorisons, nous expliquons, nous justifions. Mais que sentons-nous vraiment ? Pas grand-chose. Quelle place donnons-nous encore à notre intuition, nos impressions, notre instinct ? Nous sommes pris au piège de nos croyances et de nos explications, issues de notre puissance intellectuelle. Celles qui nous disent que le progrès est synonyme de confort, et que le confort implique un certain degré d’anesthésie. Par ailleurs, notre souci de préserver notre activité et notre performance intellectuelles est tel que nous en sommes arrivés à faciliter le refoulement de notre douleur à l'aide de drogues ou médicaments plutôt que d'écouter les messages qui surgissent du plus profond de notre histoire.

 

Dans le cas du refoulement, la sérotonine joue le rôle d’un puissant inhibiteur qui empêche nos sensations et sentiments douloureux d’atteindre le néocortex. Le cerveau reptilien et le système limbique sont capables de fabriquer leurs propres substances inhibitrices et permettent ainsi à notre intellect de fonctionner sans perturbations. Cependant, il arrive que des sensations ou des souvenirs douloureux forcent les barrières protectrices et que nous souffrions alors d’angoisse, de panique, de phobie ou d’obsession. Certains médicaments (comme le Prozac par exemple) veillent notamment à ce que nous ne manquions pas de sérotonine.

Source : Pixabay
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Physique + Emotionnel + Intellectuel = Spirituel

Source : Pixabay
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Nous vivons imprégnés de la pensée cartésienne selon laquelle nous sommes parce que nous pensons. Heureusement pour nous, « être » est bien d'avantage que penser. En effet, nous sommes aussi parce que nous percevons et parce que nous ressentons. Il est peut-être temps de se le rappeler. C'est la condition qui nous permettra d'élargir notre conscience.


 

En effet, en choisissant de dompter notre intellect qui tente sans cesse de prendre le pouvoir sur notre vie, nous nous permettons d'accéder à un quatrième niveau de la conscience. Ce quatrième niveau est celui ou conscience physique, émotionnelle et intellectuelle peuvent agir en harmonie et nous mettre en contact avec nous-mêmes et les autres. Ainsi, nous accéderions peut-être alors à la totalité c'est à dire à notre « conscience spirituelle » ou esprit.

 

Pas de place pour l’ego dans le temps présent

 

Par la pensée, nous acquérons la liberté de choisir et d'influencer notre évolution. Nous sommes définitivement passés d'une évolution subie à une évolution réfléchie et dirigée. Cependant, nous devons rester vigilants car toute médaille a son revers. Toute lumière produit de l'ombre, et dans le cas de l'intellect, cette ombre prend le visage de ce que nous appelons volontiers l'ego. C'est parce que nous avons un « cerveau pensant » que nous attribuons une identité à notre individu. C'est parce que nous avons développé des représentations de nous-mêmes et du monde qui nous entoure que nous sommes capables de dire « moi ».

 

l'ego
Source : Pixabay

Le problème de l'ego (et donc de l'intellect qui le définit), c'est son besoin incessant d'être rassuré quant à son existence. Car une fois les sensations et les émotions refoulées, nous nous identifions totalement à notre intellect. C'est cela qui nous fait croire que puisque nous pensons, nous existons. Nous sommes prisonniers de notre définition de nous-mêmes, c'est à dire de notre ego. Or, biologiquement, nous pourrions très bien exister sans la pensée. Pourtant, nous ne pouvons pas nous arrêter de penser car nous sommes un animal qui privilégie sa conscience intellectuelle. Et il y a quelque chose de rassurant dans la croyance que l'on existe puisque l'on pense. L'ego, pure production de notre intellect, est là pour ça !


 

Ce qui est encore plus effrayant, c'est notre incapacité à fixer notre attention sur le moment présent. Avez-vous déjà essayé de faire taire ces voix intérieures qui vous assaillent continuellement lorsque vous tentez de vous plonger dans le silence de la méditation ? Sans arrêt, les mots et les images font référence tantôt à un passé regretté, tantôt à un futur espéré ou redouté. Au cours de l'évolution humaine, l'intellect et sa production l'ego sont devenus des entités à part entière qui vivent en nous et régissent notre vie. Le drame, c'est qu'ils sont incapables de vivre dans le présent. En effet, l'ego cherche constamment à s'assurer de son existence afin de pouvoir continuer à dire « moi ». Or, les deux seuls moyens par lesquels il peut se prouver qu'il existe sont : d'une part, de regarder le passé et décider quels faits participent à ce qui est son histoire et, d'autre part, de se projeter dans le futur pour être certain de pouvoir poursuivre cette histoire. Et le présent ? Oublié, escamoté, piétiné.

 

 

C'est là que nous tombons dans le piège et que notre bel intellect rencontre ses limites. Le passé est passé et la conscience que nous en avons dans le présent n'est qu'une analyse intellectuelle et subjective. Le passé est donc une illusion, un vague souvenir destiné à préserver notre capacité à dire « moi ». Le futur est à venir et donc, lui aussi, ne peut être autre chose qu'une illusion, tout au plus une projection de ce que nous espérons continuer à définir comme étant ce que nous appelons « moi ». Passé et futur ne constituent donc en rien une réalité tangible.

 

La peur de vivre le présent

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Source : Pixabay

Vous le voyez, le pauvre présent est ignoré voire même évité. Notre ego "intellectuel" a bien trop peur d'être englouti dans ce temps ouvert sur tous les possibles et disposé à toutes les redéfinitions. Pourtant, le présent est la seule réalité tangible de la vie, le seul instant où nous pouvons exercer un pouvoir concret sur le déroulement de notre existence. Néanmoins, pour arriver à exercer ce pouvoir du présent il faudrait que notre ego accepte de lâcher prise, qu'il abandonne son attachement à ce qu'il définit comme étant lui dans le passé et espère être dans le futur.


 

L'absurde de cette histoire, c'est que nous sommes complètement aveuglés par la peur de voir notre ego se dissoudre dans le présent. Or l'ego n'est qu'une croyance fabriquée par notre intellect, un mécanisme de survie développé au cours de l'évolution, une illusion. Cet ego risque de coûter à notre espèce le droit de poursuivre son aventure.

 

 

Le Paix est si simple et pourtant tellement difficile à créer. Il y a en nous encore tant de peurs, tant de résistances. Pourtant, seule notre résistance engendre notre souffrance. Thierry Janssen.

 

 

N'hésitez pas à lire notre article "Respirer pour se connecter à l'instant présent" de la rubrique "Plus Loin".

 

Source :

d’après le livre de Thierry Janssen, "Vivre en Paix".

 


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