La Théorie du Flow


Le bonheur au travail

 

 

Mihaly Csikszentmihalyi (MC) est né en 1922 en Italie et a émigré aux USA à l’âge de 22 ans. Il a été directeur du département de psychologie à l’Université de Chicago et du département de sociologie et d’anthropologie au Lake Forrest College. Auteur de nombreux livres et articles, MC est particulièrement connu depuis plus de trente ans pour son travail sur la notion de « Flow », ses recherches sur la psychologie positive et le bonheur.

 

D’après MC, nous devons axer notre développement personnel vers un juste équilibre entre « défis » et « compétences ». La théorie du Flow de MC insiste sur une bonne connaissance de soi qui permet de vivre cet état de Flow. C’est-à-dire un état de satisfaction et de plaisir que ce soit au travail ou dans la vie de tous les jours. Etre dans le Flow (Flux en français), c’est donc éviter l’ennui, le stress et éprouver la sensation d’agir avec une implication totale. Cela nous arrive quelquefois lorsque, concentré, l’on perd toute notion du temps ou de l’activité qui nous environne (bruits, gesticulations…). On peut aussi parler de félicité, d’une expérience de plénitude ou d’une expérience optimale voire de productivité optimale. C’est un peu comme si l’on se retrouvait dans le courant d’une rivière qui nous amenait sans effort vers le but souhaité, le tout vécu avec une joie spontanée. En anglais on dirait « it flows » ou « ça coule » en français.

Source : Mihaly Csikszentmihalyi , Common Wikimedia

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L'expérience de plénitude ou l'expérience optimale

 

A l’origine, MC était fasciné par les artistes, les sportifs qui arrivent à se plonger totalement dans leurs activités, complètement immergés ou absorbés au point qu’ils peuvent oublier de dormir, boire ou manger. Il se demandait aussi : " comment peut-on trouver la motivation pour un métier qui demande tant de sacrifices professionnels et personnels ? ". Il a également observé que les gens sont souvent malheureux de ne rien faire et heureux de faire sans véritablement savoir pourquoi. 

 

Il a identifié (avec J. Nakamura) plusieurs composantes qui décrivent cette expérience optimale comme :

  • une concentration profonde et focalisée sur le moment présent
  • une perte de conscience de soi (et de ses préoccupations)
  • Une fusion corps-esprit ou action-conscience
  • un sentiment de distorsion de temps (accélération ou ralentissement)
  • un sentiment de contrôle de la situation
  • un sentiment de gratification, d’enrichissement ou le plaisir de faire est même plus intense que le plaisir éventuel d’arriver au but ou de réussir.

 

Toutes ces composantes combinées permettent de vivre un état d’expérience optimale (ou de Flow). Cet état est propice au bonheur. Certaines personnes seraient plus susceptibles de vivre cet état et notamment celles marquées par l’optimisme, la curiosité, la persévérance, le désintéressement et attirées par le simple plaisir de faire (dite autotélique). Ce sont aussi des personnes qui ont des objectifs précis, un plan précis et savent où elles vont. Pour terminer et c’est important, elles ont des aspirations (attentes, objectifs…) raisonnables et réalisables. On considère qu’environ ¼ des personnes ressent le Flow quotidiennement alors qu’un autre ¼ ne l’a jamais vécu et manque de motivation au travail et dans leur vie personnelle. En ce qui concerne le travail, le manque de Flow peut notamment s’expliquer par la sélection d’un employé selon ses diplômes plutôt que selon ses qualités et aspirations.

 

Dans le monde du travail, on peut parler de deux types de motivation. La motivation extrinsèque (extérieure) qui est une motivation par le gain de l’argent, la reconnaissance, le statut social, l’avancement de carrière par exemple. Et il y a également la motivation intrinsèque (intérieure) qui est l’accomplissement et la réalisation qu’apporte le travail en lui-même. L’individu qui vit son travail essentiellement avec une forte motivation intrinsèque, serait en meilleur santé, serait plus positif, plus performant et moins enclin à changer d’emploi. Une entreprise aurait donc plus à gagner à évaluer, soutenir et tirer profit des forces de ses employés plutôt que de chercher à tout prix à remédier à leurs faiblesses.

 

Certains sportifs ont connu cette expérience de « Zone » (Flow pour les sportifs) qui permet d’atteindre des performances exceptionnelles. Pelé, par exemple, décrivait son expérience lors d’une compétition de football en disant : « j’ai ressenti comme un étrange calme…une sorte d’euphorie. J’ai eu l’impression de pouvoir courir une journée entière sans fatigue, de pouvoir dribbler à travers toutes leurs équipes ou à travers tous, que je pouvais presque leur passer à travers physiquement. ». Ayrton Senna, de son côté, relatait une course en disant : « j’étais déjà en pole position… et je continuais. Tout à coup, j’avais 2 secondes d’avance sur tout le monde. J’avais réalisé que je ne conduisais plus la voiture consciemment. Je la conduisais comme instinctivement, dans une autre dimension. J’étais comme dans un tunnel. J’avais largement dépassé la limite mais j’étais toujours capable de trouver plus. ». Voilà pour des sportifs mais on pourrait en dire autant pour des musiciens qui se retrouvent dans « la bulle » et ne font plus qu'un avec la musique ou leur instrument. Ils ne sont plus conscients ni de l'endroit où il se trouvent, ni de leurs mains, ni des touches, ni de la partition. Cet état peut être expérimenté par n'importe qui au cours d'une activité qui exige de la concentration.

 

 

Vivre l'état de Flow

 

Connaître cet état de Flow ne demande à priori pas d’exigences particulières hormis d’être concentré totalement à son activité, d’être présent et d’agir. Trouver le juste équilibre entre « défis » et « compétences » signifie que l’activité doit présenter un minimum de challenge pour nous et requérir des aptitudes, des talents que nous utiliserons avec plaisir pour réussir. MC évoque un état psychologique synonyme de plaisir lorsque le défi correspond à nos capacités ou est légèrement supérieur aux aptitudes que l’on croit posséder. Ce serait même la mise à l’épreuve de nos compétences qui nous permettrait de ressentir du plaisir. Plus le défi relevé est élevé, plus le plaisir serait intense. D’après MC, nous aurions même plus de plaisir au travail qu’à la maison car nos activités de loisir ne demandent pas toujours une participation active de notre part (défis et compétences).

 

En résumé et d’après la théorie du Flow, l’activité que vous menez provoquera stress et ennui chez vous si :

  • l’activité ne présente rien de nouveau pour vous, ne vous permet pas de progresser ou de vous développer. Le fait d’être trop compétent pour une tâche et la routine peuvent mener au détachement, à l’indifférence et au stress.
  • l’activité ne fait appel à aucune de vos aptitudes, talents ou pire vous ne disposez pas des compétences ou moyens nécessaires. Dans ce cas, un manque de compétences ou de moyens rend l’objectif irréalisable et peut mener à trop d’excitation, d’anxiété et de stress.

 

 

Mihaly Csikszentmihalyi insiste donc sur l’importance de trouver le juste équilibre entre le niveau de compétence et de challenge que demande une tâche pour vivre un état de Flow et réaliser cette tâche avec plaisir. Le bonheur ne dépend donc pas  uniquement des conditions extérieures mais aussi de notre capacité à vivre une expérience optimale psychologiquement.

 

Graphique de la Théorie du Flow

 

En 1997, MC a publié un graphique qui décrit la relation entre la qualité d’une expérience et la notion de « défi » et « compétence ». Ce graphique peut permettre de prédire ce qu’une personne ressent lorsqu’elle exerce une activité. On distingue ainsi 9 états psychologiques qui sont : le FLOW, la MAÎTRISE, l’ENNUI, le DETACHEMENT, l’INDIFFERENCE, l’INQUIETUDE, l’ANXIETE, l’EXCITATION et un état NEUTRE.

 

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La Théorie du Flow

 

 

Votre vécu selon votre position dans le graphique :

 

 

Le FLOW correspond à une activité pour laquelle le niveau de Challenge est élevé et pour laquelle vous disposez d’une compétence élevée. Vous maîtrisez cette activité qui est pleine d’intérêt pour vous.

 

La MAÎTRISE correspond à une activité présentant un niveau de challenge moyen sachant que vous disposez de compétences élevées. Vous maîtrisez la situation, vous avez le contrôle mais vous ne seriez pas contre un défi plus intéressant.

 

L’EXCITATION caractérise un défi élevé alors que votre niveau de compétence est moyen. Vous avez clairement de l’intérêt pour l’activité mais une certaine incertitude quant à sa maîtrise.

 

L’ANXIETE correspond à une activité pour laquelle on doit faire face à un défi élevé tout en ayant des compétences faibles. Même si l’intérêt peut être élevé, le manque de maîtrise provoque un stress, une angoisse.

 

L’ENNUI est à l’opposé de l’anxiété et correspond à une activité avec un niveau de défi faible pour laquelle vous disposez pourtant de compétences élevées. Vous maîtrisez l’activité mais l’intérêt est faible. C’est limite un moment de détente.

 

L’INDIFFERENCE est l’opposée du FLOW. On peut aussi parler d’apathie, de manque d'intérêt. Le défi est faible et votre compétence également. Comment peut-on être motivé par une activité pour laquelle on n’a aucun intérêt et pour laquelle en plus on n’a pas de compétences ?

 

L’INQUIETUDE est à l’opposé de la Maîtrise. Vous êtes confronté à un défi moyen avec des compétences faibles. Même si le défi n’est que moyen, votre compétence faible engendre une certaine inquiétude de ne pas arriver à maîtriser la situation.

 

Le DETACHEMENT est à l’opposé de l’Excitation et correspond à un challenge faible avec des compétences moyennes. L’intérêt pour l’activité est limité et sachant qu’en plus vous ne maîtrisez pas totalement la situation, vous préférez vous en détaché car c’est limite ennuyant.

 

La situation NEUTRE correspond à un défi moyen avec des compétences moyennes. L’activité est moyennement intéressante et votre maîtrise partielle. Vous restez un peu sur votre faim et vous souhaiteriez un peu plus d’émotion.

 

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La Théorie du Flow selon Mihaly Csikszentmihalyi

 

Toute activité ne permet pas d'accéder à l'état de "Flow". Elle doit effectivement comporter une certaine dose de défi pour éviter l'ennui et faire appel à nos compétences avec éventuellement un peu d'action pour éviter l'anxiété.

 

Une activité avec un niveau de défi faible et qui fait peu appel à nos compétences suscitera pour nous un manque d'intérêt voire de l'indifférence.

 

Une activité qui génère de l'anxiété nécessite un réajustement de ses compétences (ou alors de réduire le niveau de défi).

 

Une activité ennuyante manque clairement de challenge pour y mettre un peu de piment.

A lire également : "Donner un sens à la vie" de la rubrique "Plus Loin".

 

Sources :

www.psychomedia.qc.ca

www.fr.wikipedia.org/wiki/Flowwww.fabriquespinoza.fr

www.jean.heutte.free.fr

www.plusheureuxautravail.com

www.entreprises-humaines.com

et divers autres sites internet

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