Culpabilité et perfectionnisme : un lien étroit


La culpabilité et le sentiment de culpabilité ne seraient pour l’homme qu’un moyen de garder la maîtrise de son destin ou de conserver un sentiment de toute-puissance.

 

En effet, face au stress provoqué par l’incompréhension d’un évènement ou face à notre constat d’impuissance, la culpabilité intervient. Se culpabiliser permet en effet de redonner la maîtrise de notre destin.

 

Si l’on subit une agression injuste et incompréhensible, notre vision du monde n’est alors plus qu’impuissance, qu’imprévisibilité, qu’incertitude et incompréhension. Ce vide est un gouffre insupportable et angoissant pour l’esprit humain toujours en quête de sécurité. Se culpabiliser serait l’antidote qui permettrait alors de redonner du sens dans notre vie, de redonner une impression de contrôle, de certitude. Cette culpabilité est pourtant imaginaire et nous ne sommes pas responsables de ce qui nous arrive. Mais être coupable, cela veut dire que l’on aurait peut-être dû faire autrement, qu’on aurait pu éviter… et nous redonne ainsi une certaine impression de maîtrise de notre destin. Etre coupable, remettre la faute sur nous-même pour garder un semblant de contrôle permettrait de cacher le sentiment d’impuissance face à la souffrance subie.

 

La culpabilité (et le sentiment qui en découle) est un mécanisme spontané et individuel qui ne peut pas être maîtrisé. Elle n’a pas forcément pour origine un acte coupable réel mais elle peut aussi être la conséquence d’un événement douloureux ou incompréhensible. En effet, subir un acte injuste et douloureux venant de l’extérieur peut entraîner un véritable sentiment d’impuissance accompagné de l’impossibilité d’en comprendre la raison. Ce sentiment d’impuissance est insoutenable pour l’esprit humain. Une solution peut-être de remettre la faute de notre souffrance sur les autres mais cela ne libère pas ou que temporairement. Ou on peut finir par chercher une explication et une raison en nous-même. On s’accuse soi-même et l’impuissance qui nous était insupportable se transforme ainsi en culpabilité (imaginaire). L’esprit humain arrive ainsi à trouver une explication à l’inexplicable.

 

Le sentiment de culpabilité ne repose pas forcément sur une réalité. La culpabilité peut aussi être imaginaire. Dans les 2 cas, les souffrances qu’elle engendre sont semblables et vécues de la même manière. Culpabilité réelle et culpabilité imaginaire entraînent la perte du désir et une souffrance réelle, dévitalisent de la même manière et interdisent l’accès à une vie libre. Un acte coupable imaginé ou désiré peut avoir le même impact psychique et affectif qu’un acte réellement accompli. La culpabilité imaginaire et son effet ne doivent donc pas être minimisés par rapport à une culpabilité réelle. En effet, certains peuvent même être tentés de transformer leur culpabilité imaginaire en culpabilité réelle par un passage à l’acte. Ce passage à l’acte crée un soulagement temporaire de la souffrance et donne l’illusion qu’on avait bien raison de se sentir coupable (justification de la souffrance). A noter toutefois, que le fait de se sentir coupable (ou pécheur) ne prouve en aucun cas que l’on ait raison de se sentir coupable ou que l’on soit responsable.

 

Imaginaire ou réelle, la culpabilité présente également une autre ambivalence. Elle peut-être consciente et inconsciente. Cela explique que l’on puisse se sentir coupable sans savoir vraiment pourquoi, que l’on ressente un besoin de punition omniprésent ou que l’on tend à accuser autrui pour faire porter le poids de la faute. La culpabilité peut aussi rester inconsciente car niée.

 

Source photo, Eve tentant Adam, Johann Carl Loth 1698, Common Wikimedia


 

La culpabilité est individuelle mais elle peut aussi être collective. La notion de culpabilité ou péché collectif démarre concrètement vers le 16ème siècle chez les chrétiens d’occident. A partir de ce moment-là, non seulement l’homme est coupable individuellement mais aussi collectivement. Tous les hommes sont des pécheurs et on (l’Église) exige d’eux qu’ils l’avouent. Ensuite, certains sentiments négatifs comme la haine, la colère, la révolte, l’égoïsme… sont interdits d’expression par la société et seront donc refoulés. Ressentir de tels sentiments peut donc faire ressentir de la culpabilité. Pour terminer, la société (ou les parents) inculque et définit un idéal et une attente de l’exemplarité. Un enfant peut donc également se sentir coupable de ne pas être à la hauteur ou de ne pas rendre heureux ses parents. Cette culpabilité inconsciente constitue bien souvent le revers du perfectionnisme.

Source photo : Péché originel, Guiard des Moulins, Bible historiale, France, Paris, XVe, Common Wikimedia


 

Le perfectionnisme est donc là pour combler le gouffre de la culpabilité. Pourtant, renoncer au perfectionnisme pourrait signifier assumer sa culpabilité librement et dignement sans pour autant la nier. Cela va bien entendu à l’encontre de nombreuses religions qui insistent sur le besoin de se perfectionner pour se libérer de ses culpabilités, sur la nécessité de l’intervention du « tout Puissant » pour se libérer, l’homme n’en étant pas capable seul et par lui-même.

 

On peut considérer que culpabilité et perfectionnisme (maladif) sont étroitement liés. La perfection est comparable à une impression de « toute puissance ». Elle nous fait croire que les limites n’existent pas. Son rôle est de remplir un vide qui bien souvent résulte d’une image défaillante de soi-même ou d’un manque fondamental d’estime de soi. Mais le perfectionniste n’en fait jamais assez à ses yeux, s’angoisse de ne pas faire assez d’efforts, est perpétuellement insatisfait et il se sent coupable ! Perfectionnisme et culpabilité se nourrissent donc mutuellement dans un cercle vicieux. Comme la dépression, le perfectionnisme est une dérive de la culpabilité.

 

Le perfectionnisme peut aussi souvent conduire à une autre réaction surprenante qui est la procrastination. La procrastination est le comportement qui consiste à remettre au lendemain. On pourrait penser que le perfectionniste souhaite faire au mieux et tout de suite. Mais réaliser une tâche parfaitement sachant que la perfection n’existe pas peut vite s’avérer source de stress. Sans compter que s’engager dans une tâche implique le risque de mal faire et de culpabiliser. Le perfectionniste peut donc préférer remettre à plus tard pour disposer d’une journée idéale et optimale à la réalisation parfaite de sa tâche. Ou alors, le perfectionniste cherchera d’abord à s’informer au maximum sur le sujet afin de ne rien oublier et de se sentir prêt à l’exécution de sa tâche avec excellence. Sinon, il peut même repousser son projet au point de ne plus avoir assez de temps et pouvoir ainsi se dire que c’est parce qu’il n’a pas eu assez de temps que son travail est imparfait et éviter ainsi toute culpabilisation. Pour finir, le perfectionniste peut aussi en arriver à repousser indéfiniment son projet voire à l’abandonner plutôt que de connaître un échec.

 

Si l’on veut guérir de la culpabilité, cela implique donc de soigner également le perfectionnisme. La meilleure manière de se libérer de la culpabilité est de renoncer à la toute-puissance (lâcher-prise), d’admettre et d’assumer que la culpabilité et le sentiment de culpabilité font partie de l’existence humaine. Il en va de même de notre perfectionnisme. Il est important de prendre conscience que la perfection n’existe pas et d'accepter nos imperfections. D’ailleurs, faut-il vraiment atteindre la perfection pour être aimé, reconnu ou avoir du succès ? Même les plus belles voiture ont un défaut et ont des limites. Même certains logiciels qui se vendent à des millions d’exemplaires sont souvent imparfaits. Votre album de musique préféré est-il parfait du début à la fin. La perfection est-elle vraiment ce que l’on attend de nous ? La perfection est également subjective. Ce qui est parfait pour l’un ne l’est pas forcément pour l’autre.

 

La religion et la croyance en un Dieu peuvent être d'une aide précieuse pour bien débuter une libération de la culpabilité ou de la perfection. Se tourner vers son Dieu permet de lâcher-prise, de s'en remettre à plus Grand que soi, à accepter de se laisser guider et renoncer à la "toute-puissance".  

 

Le mécanisme de la culpabilité

Schématisation du mécanisme de culpabilité (devenir-zen.fr)

Culpabilité perfectionnisme

 

Vous pourrez lire également :
"Le Moi idéalisé, ce tyran" ou "le complexe de l'imposteur" de la rubrique "Enquête de Soi".

Sources de l'article :
d’après le livre « Culpabilité, paralysie du cœur » de Lytta BASSET.
d’après le livre « Au diable la culpabilité » de Yves-Alexandre THALMANN.

 

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